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Cost-Killer vs Penny-Saver

 trQuand les bénéfices s’effondrent, deviennent trop ténus pour des actionnaires toujours plus gourmands, la réaction est d’aller voir ce qui se passe dans les coûts.

Puis subitement, au détour d’un petit article financier, on apprend que telle société décide d’économiser 1 milliard d’euros sur 5 ans afin de maintenir son titre en bourse à un niveau suffisamment décent pour éviter l’effondrement de son haut de bilan et donc de sa survie capitalistique.

Si on se la joue à l’américaine, on annoncera 100 000 licenciements sans se soucier si le travail pourra être fait !

Quelquefois, on se demande si les financiers ont encore une notion de ce qu’est une entreprise. Pour eux, c’est juste une équation pondant des lignes de chiffres et sur laquelle ils vont tout simplement faire bouger des variables afin de générer des bénéfices constants en pourcentage.

Or, la première variable qui vient à l’esprit, même pour la ménagère du coin, est qu’à un prix de vente donné par le marché (donc généralement à la baisse pour le producteur), la marge devant être constante, il ne reste plus qu’à comprimer le coût de production.

C’est là qu’interviennent nos vaillants soldats que sont les Cost-Killers et les Penny-Savers. Le premier est là pour traquer les dépenses inutiles et les tuer, alors que le second fait tout pour éviter l’accroissement des dépenses. L’un coupe et tronçonne tandis que l’autre retient et assèche.

Pour mieux comprendre la problématique, il suffit d’imaginer l’entreprise comme un jardin. Le Penny-Saver fait tout son possible pour éviter le développement des mauvaises herbes. Sa tâche est pénible car quotidienne et est souvent assimilée au rabat-joie qui dit systématiquement non à toute dépense nouvelle.

Frustrant par définition, le Penny-Saver est un tueur d’initiatives car, son temps étant compté, sa vision prospectiviste reste à l’état larvaire. Là où 100 euros d’investissement feraient gagner 1000 euros, il faut des tonnes de papier et de persévérance pour lui faire entendre raison.

Bref, c’est un fonctionnaire qui, finalement, se fera quand même déborder car la mauvaise herbe dans le jardin poussera toujours plus vite que la bonne. Et comme il bride les dépenses, l’idée même de faire appel à un Cost-Killer lui fait mal.

En résumé, la mission du Penny-Saver est de contenir les dépenses tout en sachant qu’il n’y arrivera jamais. C’est déprimant, d’où son air souvent sérieux, glacial et fermé, un écossais déguisé en porte de prison avec une paire de bretelle pour tenir son kilt tant il est maigre par constitution…

De ce fait, à chaque vague de printemps, le Penny-Saver ne pouvant faire face à l’afflux des mauvaises herbes suite à un hiver trop rude se verra doublé d’un Cost-Killer extérieur à l’entreprise. Sous la pression du coût d’extraction des légumes dans la foisonnante mauvaise herbe, la direction, sous les sifflements des traders qui ne voient plus la grosseur des carottes, décide d’y mettre les moyens.

Le Cost-Killer arrive donc avec ses gros sabots et sa machinerie technique. Par des questionnaires et audits, il s’enquiert de l’état de chaque plantation et décide de prendre le mal à la racine.

Sous des tonnes de précautions rassurantes (les gens ont horreur des changements surtout quand leur confort va être mis en cause), le Cost-Killer va carrément faire labourer certaines parties du jardin.

Là où on ne voyait plus les carottes, le terrain se retrouve vierge et une nouvelle plantation est entreprise. Les traders s’inquiètent, mais aux premières feuilles sorties, ils pourront reprendre leur investigation financière pour déterminer combien il y aura de carottes récoltables dans x mois.

Bien sûr, entre temps, on aura remis notre Penny-Saver au boulot sur la planche de carotte afin de lui redonner espoir. Puis, par une tournante supposée calculée, une grande partie voire l’ensemble du jardin aura été labouré.

Alors toujours tourné par la compression des coûts, le Cost-Killer se rémunèrera sur une partie des gains ayant été supposé être une dépense future. Enfin bref, vous faites quand même un chèque avec l’assurance que vous l’auriez quand même dépensé plus tard.

Faire appel régulièrement à un Cost-Killer extérieur permet de mettre tout le monde d’accord que l’herbe à vache ce n’est pas du persil et qu’un bon labour pendant l’hiver vaut mieux que se casser les reins tout l’été.

L’honneur est ainsi sauf pour l’entreprise et son Penny-Saver de service tout revigoré. Personne n’a perdu la face. Les traders peuvent continuer à pianoter sur leur calculette. Les actionnaires ne sont plus en proie à des peurs de pertes et peuvent aller voir plus tranquillement ailleurs si la pelouse est plus verte. Quant aux banquiers, ils restent du pareil au même car dans tous les cas ils ramassent au passage.

En résumé, c’est-y pas beau un jardin tout neuf, bien entretenu avec des belles allées ? Rassurez-vous, les Cost-Killers existeront toujours car tout le monde n’a pas un beau tracteur comme eux pour transformer de la mauvaise herbe en engrais !

Petit conseil : si vous désirez labourer par vos propres moyens techniques, faites que votre charrue ne ressemble pas à celle des pays en voie de développement, c’est-à-dire à un soc en bois tiré par une mule et conduit par un affamé à la peau sur les os. La profondeur des sillons sera à l’image des traders sur le bord du champ… (faible, très faible…).

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 24 janvier 2007 et réactualisé sur le blog 345D le 13 mars 2012.

Lien Permanent pour cet article : http://345d.fr/cost-killer-vs-penny-saver/

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