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Tu seras un homme, mon fils

 homme-mon-filsDes fois dans la vie, nous faisons une rencontre qui va littéralement changer notre vision du monde. Ce peut être souvent via une personne, une situation inédite, un poème, un chant, une musique. Dans tous les cas, c’est comme si nous tournions une page importante et presque surnaturelle de notre vie.

Cela restera gravé à jamais dans notre livre personnel, dans notre destin comme si cela avait été fait exprès mais surtout à notre insu. Quelquefois, nous pourrions presque dire que c’est un message des anges qui nous tombe dessus à un moment souvent critique.

J’aime à penser que les synchronicités sont une aubaine divine qui vous guident en ce monde plus ou moins trouble. Puis en allant visiter un blog sur lequel j’avais décidé de faire un peu de pub, car c’est un très bon blog, je suis tombé “par hasard” sur un article qui, soudainement, a réouvert un chapitre de ma vie.

C’est comme si, soudainement, une partie de ma vie revenait à la naissance. Et cette partie n’était pas n’importe laquelle car c’est celle qui correspondait à cette transition qui fait qu’un gosse devient un homme. Cet âge où l’individu cherche à se démarquer des autres pour affirmer ce qu’il est.

Vous avez compris. C’est l’âge de la puberté où la voix passe soudainement d’un octave à l’autre dans la même phrase. C’est l’âge où les boutons vous rappellent qu’être beau commence à être un sujet de préoccupation. C’est l’âge où vous cherchez des repères pour être quelqu’un de bien.

Alors un jour, et je ne sais plus comment, moi l’anti-lecteur (sauf de BD), je suis tombé sur un poème qui me fit vaciller dans mon être. Même les 10 commandements qui furent, et qui restent une référence pour moi, me semblèrent petits par rapport à ce que je venais de découvrir.

A 16 ans, je suis tombé sous son charme et à 17 je le distribuais à qui veux-tu en voilà. Je l’avais tapé à la machine à écrire sur une feuille de calque afin de pouvoir en faire des photocopies à la machine à ammoniac de l’école.

Je me rappelle cette odeur un peu dérangeante, surtout dans cette salle si petite, mais rien qu’à l’idée que je rendais service ne me dérangeait pas d’étouffer dans cette atmosphère peu propice au développement de l’individu et des bactéries avoisinantes.

Ce poème fit l’effet d’une bombe, et à vrai dire, je ne connais pas d’autres textes ayant eu autant d’effet sur moi. Je l’ai pris au pied de la lettre sans trop comprendre ce qui était écrit mais mon coeur me disait : lis-le, ressens-le et laisse faire.

C’est ce que j’ai fait et je crois que cela a marché. Ce texte était devenu une prière intérieure au point même qu’aujourd’hui quand je le relis, j’ai les larmes qui montent encore aux yeux. C’est magique et c’est l’une des plus belles rencontres de ma vie.

Maintenant cela me revient et ma mémoire me dit que je l’ai trouvé dans un livre de poche intitulé le “Livre de la jungle” et qui fût mis en image par Walt Disney. Il n’y avait pas d’auteur de mentionné et ce n’est que bien des années plus tard que j’ai appris que ce poème était de Rudyard Kipling.

A l’époque mon anglais était aussi développé que ma connaissance de la drague. Un zéro pointé sur toute la ligne et c’est donc sur la traduction d’André Maurois que s’est construit en moi ce diamant éternel de reconnaissance.

Il est rare que je recopie des originaux dans mes articles mais là, je vais faire une exception tout comme ce texte a été une exception dans ma vie. Ce copier-coller provient d’une page de Wikipédia qui demande à ce qu’il soit déplacé ailleurs donc pour éviter un lien brisé voici le tout :

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être que penseur ;
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !

Et puis maintenant que j’ai fait le tour des dames, mon anglais a fait de réels progrès, et je vous livre la version originale de Rudyard Kipling :

 

IF you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:
If you can dream – and not make dreams your master;
If you can think – and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build ‘em up with worn-out tools:
If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: ‘Hold on!’
If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings – nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds’ worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And – which is more – you’ll be a Man, my son!

Pour moi, ce texte n’est pas un poème écrit par un homme mais un écrit inspiré à un homme. C’est peut-être pourquoi j’ai été si profondément marqué, car c’est mon coeur qui vibrait et non ma tête.

Enfin pour être complet, et m’assurer que cette page de Wikipédia sera ainsi sauvegardée sur mon blog (pour un délai inconnu), je vous livre une seconde traduction de Jules Castier qui semble beaucoup plus collée à l’original mais qui résonne moins en moi :

Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi;
Si l’attente, pour toi, ne cause trop grand-peine:
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
Sans avoir l’air trop bon, ni parler trop sagement;
Si tu rêves, – sans faire des rêves ton pilastre;
Si tu penses, – sans faire de penser toute leçon;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,
Et traiter ces trompeurs de la même façon;
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
Tordues par les coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux;
Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
Et le risquer à pile ou face, – en un seul coup –
Et perdre – et repartir comme à tes débuts mêmes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout;
Si tu forces ton coeur, tes nerfs, et ton jarret
A servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l’arrêt,
Hormis la Volonté qui ordonne :”Tiens bon !”
Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,
Ou frayes avec les rois sans te croire un héros;
Si l’ami ni l’ennemi ne peuvent te corrompre;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
A toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, – bien mieux – tu seras un Homme, mon fils

Je n’en rajoute pas plus sinon pour dire MERCI à ces hommes qui ont su faire vibrer à travers ces 4 strophes un début d’homme qui cherchait à trouver son chemin. Merci à eux. Je leur dédie une profonde gratitude à jamais éternelle.

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 26 août 2008 et réactualisé sur le blog 345D le 29 mai 2012.

Versions audio

  Fichier mp3 à télécharger

Version Jules Castier

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Lien Permanent pour cet article : http://345d.fr/tu-seras-un-homme-mon-fils/

(1 commentaire)

  1. kamala

    MERCI Laurent mon ami mon frère ! tu viens de réveiller en moi la douceur de mon coeur lorsqu il prie sans rien faire en pleurant seulement d une infini tristesse les écrits de ses seize ans.J avais oublié la poésie hésitante et tremblante n osant pas se montrer en toute liberté à cette adolescente . Trendrement

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