«

»

Imprimer ce Article

Quand la critique est bonne …

souffr Qui aime vraiment recevoir de la critique ? Pas grand monde, en général, et au mieux le moins possible. La critique est vécue comme une attaque, un défi, alors en bonne conscience et pour faire bonne mine, on se dit : J’accepte les critiques constructives sinon allez vous faire voir…

Qu’est-ce qui se cache derrière cette fameuse critique que l’on ne veut pas prendre à bras le corps ? Quels sont les éléments qui font que nous soyons tant répulsifs à cette forme de communication ? Est-ce une situation critique de recevoir de la critique ?

Comme vous pouvez le constater, la critique porte en elle plusieurs éléments dont certains sont vécus comme la peste. Décortiquons un peu ces différents éléments.

1 – La critique est agressive ou perçue comme telle
Quelle qu’elle soit, elle est vécue négativement dans un premier temps. On a horreur d’être agressé, surtout qu’à 100% des cas ce sera plus pour nous enfoncer, voire nous humilier, que nous faire grandir. Oui, exactement et naturellement, nous vivons mal les remises en question.

2 – La critique est intrusive

Elle remet en question ce que nous sommes. Que ce soit par l’une de vos œuvres ou de vos décisions, vous ressentez là comme une attaque à votre intégrité pour ne pas dire à votre intelligence.

3 – La critique met à l’épreuve notre susceptibilité
Coefficient multiplicateur, votre susceptibilité va démesurément amplifier la manière avec laquelle on vous aura envoyé la critique. Gare à celui qui a des idées de déstabilisation, voire de destruction. Ça va chauffer…

4 – La critique remet en question notre intelligence
Nous savons tous que nous ne sommes pas parfait mais, malgré cela, il est dur de reconnaître notre faillibilité, voire notre incompétence, dans certains domaines. L’humiliation n’est pas loin…

Comme vous pouvez le constater, la critique brute de fonderie est un métal liquéfié qui chauffe très fort l’affect humain.

Ainsi la première parade est d’envoyer balader la critique par des tours de passe-passe en faisant prendre pour un imbécile celui qui l’a envoyé. C’est un retour à l’envoyeur en bonne et due forme avec une légère accélération au passage.

Quand cela dérape, on parle d’engueulade et puis plus tard, sachant que c’étaient des éléments fondés qui font du bien et que l’on ne savait pas comment dire, on dira que c’était la vie et qu’une bonne engueulade de temps en temps cela fait du bien. C’est une forme de communication primaire et souvent suffisante pour la majorité.

La seconde parade est d’étouffer carrément la critique en mettant en avant un poids hiérarchique (je suis le patron, le chef de famille, etc.). Le feu couvera mais ne sera pas éteint. Il faudra s’attendre à des sabotages, de la mauvaise volonté à exécuter les ordres ou à faire son job en attendant la grève ou la révolution.

Si cette parade prévalait par le passé, elle est aujourd’hui de plus en plus difficile à mettre en œuvre. Devant l’individualisme grandissant, le fameux travail d’équipe demande d’aborder le sujet différemment.

D’où la troisième parade, celle d’accepter les critiques constructives. En gros cela veut dire : Je ne peux rien faire pour te la faire boucler et comme je suis ouvert d’esprit (donc intelligent et civilisé), je t’accorde le droit d’exprimer ta critique qu’à la seule condition que tu n’y mettes aucun affect (cela sera au moins ça de gagné) et qu’ensuite je la juge constructive.

En effet, si le receveur juge qu’elle n’est pas constructive alors le critiqueur est mis au bûcher pour transgression des règles. C’est finement jouer pour arriver à disqualifier rapidement les créatifs qui seront ainsi rangés au placard des emmerdeurs.

Parade 3 – Extension 1 : Si tu nous fais une remarque et non plus une critique, alors nous prenons acte que tu te mets en situation de modestie indiquant par cela tu ne veux en rien remettre en cause les dire du chef mais que tu fais cela afin d’aider ton chef à être plus intelligent. Dans la meilleure interprétation des cas, on dira qu’on parlera d’égal à égal.

Parade 3 – Extension 2 : Si tu es si intelligent et compétent pour me faire une remarque, alors tu es prié de donner aussi la solution au problème que tu viens de citer. Comme cela nous verrons si d’abord tu es aussi intelligent que tu le penses et on te renverra le bébé avec en bandoulière les cartouches de dynamite à mèches courtes.

La quatrième parade est de prendre en compte toutes les remarques afin de calmer le jeu et d’éviter qu’il s’échauffe (après tout on est des gens civilisés). Puis calmement, hors du contexte émotionnel, dans son bureau, le responsable ou le chef fera le tri à sa guise sans demander si la solution adoptée sera la meilleure (parce que si c’est la sienne et qu’il est le chef, elle sera alors forcément la plus pertinente. Logique , non !).

Le problème avéré, avec cette dernière parade, est que rapidement les participants comprendront qu’on se fout d’eux d’où des boites à idées toujours vides, des brainstormings aussi creux que le grand canyon, etc.

Alors, comment réagir face à la critique ? Eh bien, pour ne pas faire une réponse à la normande ou parler la langue de bois, il vous faudra d’abord détecter ce qui se cache véritablement derrière cette critique. Quelle est la pensée racine ? Quelle est l’intention véritable ?

A vous de découvrir rapidement si c’est une énergie émotionnelle ou un ras le bol qui s’exprime à travers la critique d’un produit ou d’un évènement. Si c’est le cas, alors faites parler la personne en acceptant tout ce qu’elle vous dit afin qu’elle vide son sac. Pendant tout ce temps, vous n’avez qu’à secouer la tête en guise d’acceptation, voire émettre des sons d’écoute, mais en aucun vous n’avez à argumenter.

Par la qualité de votre écoute, vous rendrez un grand service à ce valeureux gaillard qui n’en pouvait plus de garder cette pression. Et puis, quel que soit ce que la personne a pris pour prétexte pour vous rentrer dedans, sachez que ce qu’il a pris lui tient tout particulièrement à cœur. Alors la prochaine fois, vous saurez dans quel sens vous pourrez lui caresser le poil. Il vous en saura profondément reconnaissant d’avoir pris conscience de son monde.

Et si maintenant, le véritable prétexte de la critique se révèle être précisément l’amélioration du produit, service ou autre, car sa véritable intention est le progrès et la performance alors vous pouvez baisser votre garde émotionnelle et écouter attentivement les dire du critiquant.

Par votre écoute, et l’acceptation pleine et entière de sa critique, il vous livrera la meilleure solution qu’il a pu trouver. En lui répondant franchement et en posant les bonnes questions sur la pertinence de sa solution, vous rendrez le plus grand service à votre entreprise car vous aurez renforcé l’ardeur d’un de ses employés à donner le meilleur de lui-même.

Même si vous ne retenez pas la solution proposée et que vous dites pourquoi au critiquant d’une manière simple et posée, il tournera les talons avec satisfaction car vous lui avez accordé ce qu’il demandait : votre attention afin d’être reconnu pour son intelligence et sa bonne volonté à vouloir faire avancer son entreprise.

Comme vous pouvez le constater, il se cache derrière la critique deux phénomènes distincts. Ils sont d’égale importance. En affirmant que vous ne voulez que de la critique constructive, vous ne faites que dire : je n’ai rien à faire de vos états d’âme d’être humain, la seule chose qui m’intéresse est de seulement mieux exploiter votre intelligence au service de l’entreprise.

Quand quelqu’un émet une critique c’est parce qu’il pense qu’il doit le faire. En lui refusant votre audience, vous ne faites que renforcer cette énergie dans sa détermination à vous dire ce qu’elle a à vous dire. La contraindre au plan intellectuel ne fera que renforcer la frustration affective.

Or, nous le savons tous. Le rationnel ne fait peur à personne mais la puissance de l’irrationnel est notre trouille principale en tant qu’encadrant. La différence entre une machine et un être humain, c’est que l’un est maîtrisable car rationnel alors que l’autre essaye d’être rationnel dans son irrationalité.

Aucune révolution n’a été rationnelle, elles n’ont été que la somme de toutes les frustrations que les dirigeants du moment ne voulaient pas entendre. Alors SVP, ne rabaissez pas l’homme à une machine par la seule attitude de votre critique constructive !

NB : Il existe malheureusement des individus, des radioactifs qui, quoique vous fassiez, continueront à aboyer du matin au soir pour le reste de leur vie. Ne tombez pas dans le syndrome mère Térésa, vous n’arriverez pas a éteindre leur volcan de souffrance. Posez-vous seulement la question : qui a osé l’embaucher, et puis discrètement allez lui faire votre remarque !

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 25 juillet 2007 et réactualisé sur le blog 345D le 25 février 2012.

Lien Permanent pour cet article : http://345d.fr/quand-la-critique-est-bonne/

«

»