«

»

Imprimer ceci Article

Management 2 : Où commence le mensonge ?

A la lecture de cet article, les directeurs d’écoles de management pourront hurler. Les marchands du temple de l’illusion et de la réussite chercheront moult raisons pour justifier pleinement leur métier. La virulence de leurs propos sera à hauteur du mensonge sous-jacent.

Ces 10 dernières années, les DESS, MBA and Co se sont développés à une vitesse fulgurante devant une demande croissante de personnes désirant atteindre une reconnaissance afin d’accéder à un statut.

Une école qui se veut sérieuse se doit maintenant d’avoir une formation de management à son catalogue pour ne pas paraître ringarde.

Comme les autres, je suis tombé dans le panneau. Fin des années 1980, je me préparais activement pour entrer dans la meilleure école MBA française située à Fontainebleau : l’INSEAD. Véritable challenge qui m’a poussé à l’école américaine de Paris pendant plus d’un an afin de parfaire définitivement mon anglais.

Enfin prêt à affronter mon rêve, mon employeur d’alors ne l’a pas vu d’un bon œil et me refusa le congé-formation. Loin de m’arrêter, je commençai à m’intéresser au montage d’une entreprise pour m’apercevoir qu’il était préférable que je me lance directement dans l’action avec le pécule que j’avais accumulé. Démission donnée, je me retrouve chef d’entreprise avec 1 an plus tard 7 employés et mes premiers revenus.

Jusque-là rien de grave, mais 8 ans plus tard, je me suis rappelé qu’un MBA ou Mastère serait sympathique. Et me revoilà sur les bancs de classe fin des années 90. Ma déception fut importante tant il y avait de décalage entre ce qui était enseigné et ce que j’ai vécu.

Cela relevait du même style que celui de l’Education Nationale concernant les cours d’éducation sexuelle. On vous montre des beaux dessins en coupe des organes, on vous décrit le principe de fonctionnement et basta, on considère que vous êtes au parfum. Aucune photo de la réalité (à part l’observation directe que ce que l’on avait entre les jambes) pour des raisons probablement de gêne à montrer la réalité. Alors imaginez le monde de décalage entre théorie et réalité ! La question cruciale du comment on s’en sert était totalement ignorée.

Il en est de même pour le management appris à l’école.

  • On vous en met plein la tête sur la théorie des organisations, mais pas comment en créer une ni comment la manager.
  • On vous fait des grandes tirades sur l’analyse de bilans comptables sans rien vous dire de comment gérer votre affaire pour la faire grandir.
  • On vous assassine avec des exercices de mise sous pression comme lire 5 livres américain épais comme des bottins et d’en faire un résumé pour le lendemain matin.
  • On vous demande en marketing de faire la typologie des consommateurs type d’un supermarché alors que le business BtoB est totalement ignoré.
  • On vous parle de benchmarking avec emphase alors que le commun des mortels un peu commercial a appris cela depuis la maternelle.
  • On s’appuie sur des tas de théories issues des américains au XXème siècle (début et milieu) en omettant de dire qu’aujourd’hui tout a changé et que ces théories sont inapplicables. Le seul fait de dire qu’elles arrivent d’Harvard est suffisant pour ne pas exercer de critiques.

Mais

  • Quid de comment faire adhérer votre banquier à votre business plan ? Nada !
  • Quid de comment faire face à une grève qui traîne…nada !
  • Quid de l’anticipation des tendances du marché…nada.
  • Quid de l’entretien annuel des collaborateurs… nada
  • Quid de la communication face aux syndicats, aux prud’hommes ou au fisc…nada !

La liste est longue, trop longue pour démontrer que le management enseigné à l’école est totalement illusoire. Certes, cela remplit la tête, occupe le temps et remplit le CV mais la réalité du terrain est toute autre !

Le management, c’est-à-dire l’art de faire tourner une organisation constituée d’individus afin de rendre service à un client, relève de fondamentaux auxquels tout chef d’entreprise doit faire face.

  • Une bonne connaissance de la règle de trois,
  • Un bon feeling du marché dans lequel il opère,
  • Une connaissance irréprochable de ses collaborateurs,
  • Un bon sens des coûts (surtout cachés)
  • Une méfiance naturelle à ce qui touche l’argent facile,
  • Une capacité de convaincre ceux qui ne veulent pas prendre de risques (banquiers en tête)
  • Une capacité de résistance au stress notamment face aux prédateurs (banquier, huissier, fisc, organismes sociaux,…)
  • Une capacité à s’automotiver quoiqu’il arrive, sinon bonjour la sinistrose !
  • Une capacité à encaisser les coups prévisibles et imprévisibles ainsi qu’à pardonner (sans oublier) tous les coups tordus de ses collaborateurs.

J’en oublie encore plein, mais comment voulez-vous attirer des candidats en disant toute la vérité ?

Le pire, c’est quand on fait croire (notamment dans la frange des bac+2) qu’ils feront du management à la sortie de l’école. Gonflés à bloc, ils s’écrasent lamentablement sur la très dure réalité, d’abord que le marché les rejette et qu’ensuite ils ne savent rien du management. Après cela, on s’étonne d’avoir des jeunes désabusés !

Autant la théorie peut servir à avoir de grandes lignes directrices, le management est avant tout une expérience de terrain.

Pour revenir à mon exemple premier, je n’ai jamais vu un homme courtiser une femme en lui sortant le parfait manuel scientifique et médical de l’anatomie féminine. Comme tout existe en ce monde, cela a pu se produire mais je crois profondément que c’est grâce à l’apprentissage et aux erreurs commises qu’un individu découvrira l’art du management. Seul son caractère fera qu’il sera broyé ou renforcé par les épreuves.

Y a-t-il des amateurs dans la salle ?

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 13 septembre 2006 et réactualisé sur le blog 345D le 15 février 2012.

Article suivant: Management 3 – Ne confondez pas Manager et Entrepreneur
Article précédent: Management 1 – Mensonge et Management

Lien Permanent pour cet article : http://345d.fr/management-2-ou-commence-le-mensonge/

1 commentaire

  1. Coton La Brodeuse

    Surprise :shock: ?
    Non.
    Analogiquement Idem dans la grande maison du Mammouth :idea: !!!
    Mais quand on a la vocation n’est-ce pas le plus beau métier du Monde :twisted: ?
    Coton.

Les commentaires sont désactivés.

«

»