Le courage managérial (6) : Savoir surfer avec l’Incertitude

 courage-managerial-6Nous avons vu, lors du précédent article, que vos collaborateurs demandent des objectifs plus clairs de votre part. En effet, ils en ont marre de ne pas pouvoir s’engager complètement et démontrer ainsi leur valeur au lieu de se faire rabrouer comme souvent…

Alors supposons maintenant que vous vous en tirez avec brio en ayant mis en œuvre tout ce qui a été dit auparavant. Qu’est-ce qui pourrait maintenant encore constituer un frein pour eux ? J’ai déjà donné un embryon de la chose mais il faut quand même que je vous laisse réfléchir un peu.

Ils ont besoin de la vue d’ensemble ! Ils ne veulent plus exécuter des tâches sans queue ni tête mais donner un sens général à leurs actions. Ils réclament de la transparence à différents niveaux.

Replaçons-nous donc dans cette optique où vous êtes un manager naviguant dans un environnement très changeant. En tant que chef de file, vous devez montrer le chemin; or, le brouillard du futur vous masque les détails, voire même carrément les poteaux indicateurs.

Beaucoup de patrons payent très cher les spécialistes qui sont capables, grâce à des techniques plus ou moins discutables, de donner des prévisions afin de lever des incertitudes. Outre toutes les technologies d’antibrouillard disponibles, il est difficile de planifier le futur.

C’est là que l »aveugle patron se doit de faire acte de courage managérial. Lui, la locomotive, doit dire aux wagons où il va. L’exercice est délicat. Il peut toujours annoncer que l’on va à la montagne ou à la mer, mais quand à dire quelles sont toutes les étapes avec réservations des hôtels à la clé, cela est déjà nettement plus problématique.

Or, qu’est-ce qui fait plaisir le plus à vos collaborateurs ? Une feuille de route aussi balisée que le Tour de France. L’incertitude n’étant pas mère de sûreté, on peut comprendre que chacun veut se rassurer ! Il suffit d’écouter les politiciens de gauche et de droite qui critiquent systématiquement ce que l’autre fait.

Que l’un soit au pouvoir, l’autre clamera sont incompétence et réciproquement. C’est seulement une fois les pieds dans le plat que chacun découvre qu’il est préférable d’être dans l’opposition que d’être au pouvoir. Le courage politique n’est que le courage managérial au niveau étatique / gouvernemental.

Or, que se passe-t-il quand un gouvernement prend ses responsabilités ? Le peuple hurle et le gouvernement est souvent malmené pour arriver, quelquefois, à sa dissolution. Alors le nouveau gouvernement, en pleine connaissance de l’adage qui dit que le malheur des uns fait le bonheur des autres, va s’empresser de ne plus risquer. Juste tenir assez longtemps pour toucher des émoluments sympathiques et inscrire sur son CV une fonction tenue pendant quelques années à la place de quelques mois.

Il en est de même pour un manager ! S’il ne prend pas son courage à deux mains, il fera partie des anonymes auxquels on accrochera peu de réalisations. Faut-il faire alors comme les politiciens avec un super programme pendant la campagne électorale pour ensuite le laisser tomber une fois élu ?

Prenez Steeve Jobs d’Apple. Appelé à la rescousse quand la pomme était creuse, il a osé aller vendre toutes ses actions à son pire ennemi dans les logiciels (Bill Gates). Puis a sorti des ordinateurs gadgets, transparents et acidulés, pour sortir des chemins de la concurrence et se faire une pub bon marché.

Une fois cela fait, il a fait que ses machines intègrent les processeurs de son autre pire ennemi dans les processeurs (Intel). Le scénario semblait totalement fou mais cela a permis de renflouer les caisses.

Ensuite vint l’iPod (lecteur mp3 n’ayant plus vraiment grand chose à voir avec les ordinateurs) et de poursuivre sa lancée avec l’IPhone. Aujourd’hui Apple est une entreprise qui fait presque tous ses bénéfices grâce à la vente de musique en ligne ! D’après vous, qui aurait pu prédire cela ?

Peut-on dire que Steeve Jobs a eu du courage managérial ? Oui, assurément, car son objectif était de sauver sa boite et non de vouloir sécuriser un parcours personnel et financier. Les petits porteurs d’action Apple sont aujourd’hui contents de ne pas avoir bradé ce qui ne valait plus un Kopec quand Steeve Jobs a débarqué.

En conclusion, coincé entre l’incertain, le flou du futur et la demande d’objectifs clairs et certains pour vos collaborateurs, vous vous devez de répondre au mieux de vos possibilités sans pour cela promettre la lune comme les politiciens.

L’exercice est plus que délicat mais c’est pour cela que vous êtes à ce niveau, sinon qu’est-ce que vous faites à ce poste de responsabilité ? Si c’est juste pour régler les affaires courantes et réitérer des processus connus, alors vous n’êtes qu’un rouage, un fonctionnaire mais pas un « pure player ».

Le courage managérial s’adresse à ceux qui managent l’incertitude du futur, l’incertitude de la nature humaine, l’incertitude d’un marché.

Aucun antibrouillard ne vous permettra de faire disparaître le brouillard. Aucune paire de lunette ne vous permettra de prédire le futur. Par contre, une équipe soudée autour de vous, des collaborateurs motivés et ayant confiance en vous, fera que vous pourrez toujours vous sortir d’affaire.

Un certains Christophe Colomb a laissé son nom dans l’histoire car ce qui devait être une expédition bien préparée et maîtrisée aux yeux de tous les matelots, cachait une autre expédition que personne n’aurait osé faire.

Par cela je veux dire que quelquefois la vérité de l’inconnu n’est pas toujours bonne à dire, alors donnez la vérité qui rassure tout en maintenant le cap sur votre expédition véritable. Si la mission est un succès, alors tout le monde oubliera les détails de la mascarade car tous seront heureux de dire « J’y étais. J’en ai fait partie ».

Et puis si vous vous plantez, alors on vous coupera la tête. Le courage managérial consiste donc à aller suffisamment loin sans pour cela franchir la ligne fatale. C’est périlleux, c’est stressant mais c’est à ce prix que l’on découvre ses limites.

La vie est décision, alors n’hésitez pas mais faites quand même attention car on vous attend des deux côtés de la lame de rasoir. Notre incarnation n’est que de l’invisible agissant dans un corps visible. C’est à l’image de la matière qui est composée de 99% de vide… Il ne faut pas se fier aux apparences !

Alors vous vous devez de jouer dans les deux camps pour rester en équilibre. Être sur le fil du rasoir de la vie ne devrait pas être rasoir mais plutôt passionnant, ne trouvez-vous pas ?

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 5 juin 2008 et réactualisé sur le blog 345D le 28 février 2012.

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