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L’art de travailler en équipe

Un jour, lors d’une nuit d’été, un objet lumineux de petite taille vint s’écraser dans une clairière. Les animaux, intrigués par l’aspect inconnu de cet objet, tinrent une réunion exceptionnelle.

Tombé du ciel et évalué comme un cadeau divin, l’assemblée décida qu’il fallait l’apporter au grand roi de la forêt voisine. Tous d’accord sur la finalité de l’objectif, les problèmes commencèrent quand il fallut désigner ceux qui allaient avoir l’immense privilège de transporter ledit objet.

Ce dernier, à demi enfoui sur le bord d’un cours d’eau, avait atterri dans le domaine des écrevisses. Alors, pour sauver l’honneur, il eut été impossible qu’il n’y ait pas une écrevisse dans l’équipe. Fortes de ce constat, les écrevisses dirent qu’elles tireraient (en marche arrière) l’objet jusqu’au grand roi mais voilà, le cours d’eau n’allait pas jusqu’à la destination finale.

C’est alors que se proposa le poisson qui, fort de sa vitesse, tint le discours de descendre l’objet via la rivière jusqu’au lac, puis remonter à contre-courant la rivière qui menait au roi. L’idée était jouable mais la taupe intervint et dit que le transport sous terre ferait gagner beaucoup plus de temps car les rivières faisaient de longs méandres dans l’immense platitude du pays.

C’est alors que l’aigle intervint et proposa la route du ciel, beaucoup plus rapide mais incompatible avec l’envoi d’un représentant des écrevisses.

Devant la justesse des différentes versions de transport mais aussi l’incompatibilité biologique des prétendants, l’assemblée se retourna vers le grand sage de la forêt et demanda conseil.

« Cher Maître et Sage vénéré, vous qui avez entendu nos débats, pourriez-vous trancher pour nous qui sera l’élu pour cette mission ? » Alors, le sage se leva, salua solennellement l’assemblée puis énonça : « Sous la direction du représentant des écrevisses, propriétaires de l’objet, que chaque représentant du règne terrestre, du règne aérien et du règne aquatique unissent leurs forces afin que la mission réussisse dans les meilleurs délais à remplir leur objectif. »

Ainsi fut créée l’équipe qui devait atteindre l’objectif. La taupe ne savait pas nager, ni voir le jour mais pouvait travailler nuit et jour. Tandis que l’écrevisse ne pouvait voler ou aller sur terre suffisamment loin car sa marche arrière était peu propice à sa sécurité. Tout aussi emprunté, le poisson ne pouvait respirer à l’air libre ni se mouvoir sur terre. Quant à l’aigle, il aurait bien fait son repas des trois autres.

Les animaux de la forêt furent surpris du discours du sage et les rumeurs allaient bon train quant au succès de l’expédition. Les paris et la raillerie se faisaient à peine voilés.

Fort de ce constat, le représentant des écrevisses, écrasé par les responsabilités et surtout la honte éternelle qui s’abattrait sur lui et son peuple en cas d’échec, décida de faire appel à un consultant des missions impossibles.

On alla donc chercher le meilleur de tous qui, pour défendre sa réputation, accepta sur le champ le défi tout en sachant qu’il serait mis au bûcher s’il échouait ou qu’il serait simplement remercié (avec un chèque à l’appui) s’il réussissait car tous les honneurs reviendraient nécessairement aux dignes représentants de l’équipe.

Fort de ce challenge, il convoqua les quatre acteurs de l’équipe et leur tint ce discours « Chacun de vous êtes l’unique représentant d’un règne. Cette unicité vous distingue des autres et enrichit considérablement l’action de tous. Je vous demanderai donc de m’obéir inconditionnellement, même si vous n’êtes pas d’accord sur l’une de mes décisions. Dorénavant et à partir de maintenant, nous faisons Un jusqu’à la pleine réussite de notre mission. Ensuite seulement, vous pourrez retrouver votre pleine autonomie. Si l’un d’entre vous n’est pas d’accord, qu’il le dise maintenant et qu’il aille chercher une autre personne de son règne pour le remplacer. »

Après pleine approbation, le consultant demanda à l’aigle d’établir la topographie des lieux partant de l’objet inconnu à celui de destination. Une fois l’aigle parti promptement, il demanda à l’écrevisse combien de temps il faudrait pour dégager l’objet du bord de la rivière afin de l’amener dans la rivière. Puis il demanda au poisson d’établir la carte des meilleurs courants marins gravitant au plus proche de l’objet. Enfin il demanda à la taupe de descendre parallèlement au lit de la rivière et d’attendre ses prochaines instructions.

Une fois l’aigle revenu, le consultant put tracer une carte assez détaillée du territoire et des niveaux topographiques. Il demanda alors au poisson où se situaient les meilleurs courants et put ainsi établir le meilleur tracé possible. Fort de ses informations, il demanda à l’écrevisse de transporter l’objet à un endroit précis où le poisson pourrait le prendre en charge.

A ce même moment, il put donner à la taupe l’endroit exact où elle pourrait creuser une galerie pour faire le lien entre les deux bras de rivière. Cette dernière devrait être assez large pour faire passer l’objet, l’écrevisse et le poisson.

Resta à l’aigle, la supervision aérienne du projet en assurant la sécurité par l’annonce de passage d’un troupeau de buffle, d’un chasseur ou d’intrus voulant faire capoter la mission. Son œil aussi acéré que son bec et ses griffes seraient au service du groupe.

Une fois l’objet libéré de son trou par l’écrevisse, le poisson le guida par la force du courant et de ses nageoires jusqu’à l’endroit prévu et d’attendre l’écrevisse qui empruntait le même chemin. Puis la taupe fit savoir au consultant que la galerie était terminée et qu’il se mettait à l’abri.

Le consultant demanda donc à l’écrevisse de creuser à un endroit précis de la berge afin d’atteindre le début de la galerie. Une fois cela fait, l’eau s’engouffra dedans permettant ainsi à l’écrevisse d’atteindre assez rapidement l’autre extrémité et de continuer ses travaux de creusement de tunnel afin de faire circuler l’eau entre les deux rivières.

Une fois cela fait, le poisson n’a plus eu qu’à conduire souplement l’objet dans la galerie jusqu’à l’autre rivière qui menait au roi. Pendant ce temps, l’aigle tenait toujours informé le consultant de l’avancée des travaux et du chemin parcouru jusqu’à l’atteinte de l’objectif final.

Une fois l’objet arrivé à destination, le roi décerna une médaille à chacun des participants pour leurs prouesses techniques mais surtout organisa une grande fête en l’honneur de la complémentarité parfaite des intervenants et surtout pour l’exemplarité des comportements apportant la preuve irréfutable que le monde fut créé parfait afin que tous soient en paix et unique à la fois.

En résumé : Nos différences sont la richesse de l’humanité et nul individu est supérieur à un autre.

Il est seulement étudié pour une expérience spécifique dans un milieu spécifique. Quand chacun sait qui il est et pourquoi il est ainsi, alors il peut apporter une contribution maximale à tous. Seule l’ignorance de ce qu’il est le mènera à détruire, consciemment ou inconsciemment, l’univers dans lequel il vit.

Le travail en équipe n’est qu’un exercice extérieur local afin d’apprendre que notre rôle est global.

Apprendre à nous entendre et à être en paix avec tous nos éléments intérieurs (qu’ils nous plaisent ou pas) mènera inéluctablement à nous entendre avec une équipe, puis une autre, pour enfin accepter toute la beauté du monde entier.

Alors nous recevrons le plus cadeau de tous : celui d’être en paix avec nous-mêmes, les autres et l’univers entier.

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 18 décembre 2006 et réactualisé sur le blog 345D le 13 février 2012.

Lien Permanent pour cet article : http://345d.fr/lart-de-travailler-en-equipe/

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