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Histoire d’entreprises…

 sushiRégulièrement témoin des dérapages humains dans l’esprit d’entreprise, il m’arrive à me demander quelquefois ce qui fait qu’un individu lambda peut un jour mettre en danger non seulement sa famille et ses proches mais aussi la survie de la Terre indirectement.

Cela commence souvent par le désir de montrer aux yeux de tous que l’on est capable d’entreprendre. Au début c’est un challenge personnel qui progressivement se transforme en catastrophe pour tous.

Alors commençons par le commencement… Un jour, un individu lambda se fait rembarrer en tant que client par une entreprise X qui dit que cela n’est pas possible ou que personne ne sait faire ou encore que personne n’achètera cela.

Flairant le filon, notre futur patron en herbe échafaude des plans sur la comète. Complètement sûr de son coup, il sillonne tous les lieux capables de lui apprendre comment élaborer un business plan. Il est certain que cela va marcher.

D’ailleurs, quiconque essaiera de lui prouver le contraire se fera cataloguer dans la secte des cons, anti-progressiste par nature. Puis il découvrira l’avarice et la non-confiance systématique de ces fameux banquiers détenteurs des fonds qui lui manquent.

Il aura bien essayé la case Business Angel, mais quand 3 dossiers sont élus sur 200, il comprend vite que son futur business ne pouvant se prévaloir du titre de start-up innovante, il se fera recaler systématiquement.

Devant cette adversité, il ira se livrer corps et âme à ce banquier aux dents longues qui lui fera signer plein de papiers portant des titres comme caution ou hypothèque. Enfin bref, vous l’aurez compris, par désespoir il va tout risquer dans l’affaire. C’est du quitte ou double !

Notre individu, par exemple, est marin pêcheur et il a détecté que la nourriture japonaise va se démocratiser en France et que la demande en thon rouge va exploser. Pour vérifier, il a été lui-même au restaurant et est tombé radicalement amoureux des sushis et sashimis (donc les autres vont forcément aimer !).

S’étant endetté jusqu’au cou pour acheter un bateau adapté, il devance ses copains pêcheurs de sardines et ramène de belles pêches. Il vend toutes ses pêches à bon prix et commence à se rendre compte qu’il lui faut grandir sous peine de ne pouvoir résister à de futurs gros concurrents ou tout simplement être le meilleur.

Avec sa bonne trésorerie, il démontre au banquier combien son affaire va devenir juteuse car maintenant il a fait ses preuves. Ses crédits ne sont pas encore remboursés mais le marché n’attendra pas, il faut foncer maintenant !

Quelques mois plus tard, il est à la tête d’une véritable petite entreprise avec plusieurs bateaux possédant les derniers cris de la technologie. Il y a même certains magazines nationaux qui viennent l’interviewer pour publier sa réussite.

Notre homme sait de quoi il parle mais il n’est plus le seul à pêcher le thon rouge. D’autres pêcheurs plus pauvres habitant autour de la méditerranée commencent à être nombreux car appâtés par les marges confortables.

Devant cette ruée sur l’or rouge, le renouvellement de l’espèce devient problématique et c’est alors que les hautes autorités européennes rentrent en jeu. Une espèce d’organisation est mis en place et des quotas de pêche sont imposés.

Il est clair qu’il ne sera plus possible de pêcher autant qu’avant car déjà chaque pêche se révèle de plus en plus maigrichonne. Alors on fait la grève, on bloque les ports pour infléchir le gouvernement. Ce dernier, coincé entre des directives européennes et ses besoins politiques, ferme les yeux sur les dépassements et ne déclare que la partie visible de l’iceberg afin de contenter les deux parties.

La solution semble arranger tout le monde (le politicien et le chef d’entreprise car il faut sauver les emplois) mais cela se passe aussi chez tous les voisins. Néanmoins sur le papier, le problème semble être sous contrôle mais dans la réalité, on pêche deux fois plus que ce qui est permis (et admissible).

Tout le monde ferme les yeux, sauf que la réserve naturelle n’est pas inépuisable et que l’espèce du thon rouge commence sérieusement à être décimée. D’ici quelques années, il n’y aura plus de thon rouge en Méditerranée ! (véridique)

Alors, que devient notre entrepreneur ? Un homme qui, bien que possédant une bonne villa qui sent encore la peinture fraiche, se voit contraint de déposer le bilan, de licencier et bientôt, se verra reprendre tout ce qu’il n’a pas encore fini de payer.

Où est l’erreur ? A priori, il n’y en a pas, et pourtant elles sont nombreuses mais planquées dans des pratiques tellement évidentes qu’on ne les voit plus. Alors, en avez-vous une idée ? Réfléchissez un peu avant de lire la suite.

La liste qui suit n’est pas complète, et je pense qu’elle sera de plus en plus d’actualité pour les entrepreneurs en herbes qui liront ce billet.

1 – La première des erreurs est d’avoir monté un business dont on ne maîtrise pas la fourniture de base permettant l’élaboration du produit final. Globalisation aidant, cette règle devient capitale tant les choses sont imbriquées maintenant. Qui aurait pu croire qu’en faisant du biocarburant on allait affamer des populations entières ?

2 – La deuxième règle, il faut savoir arbitrer à un moment donné entre augmenter son CA ou augmenter ses marges. Faire les deux est l’idéal mais dans la pratique, c’est impossible pour cause de concurrence à moins d’avoir tué tous les autres et d’être en position de monopole.

3 – La troisième règle est qu’il est préférable de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Mieux vaut être partie prenante dans 10 petits business que dans 1 gros. C’est à l’image de votre portefeuille client.

4 – Après un gros risque, il faut étaler le prochain gros risque en multitude de petits. Ainsi vous pourrez toujours faire face à la grosse mensualité en faisant patienter les petits ou inversement. Cela dépend de la situation de votre trésorerie.

5 – Quand votre banquier vous serre la main avec une réelle attention, alors vous pouvez vous dire que vous êtes en terrain miné car de toute façon vous n’en sortirez pas indemne. Jamais aucun banquier n’a fait de cadeau et c’est pourquoi ils sont si refroidis en face des entrepreneurs n’ayant aucunes garanties, car même quand vous êtes riche ils en profitent pour plomber votre passif par des emprunts qui vous étrangleront tôt ou tard !

6 – Croire que l’État ou le politicien local peut vous venir en aide est une illusion qui peut non seulement couler votre entreprise mais aussi vous plomber définitivement en tant qu’entrepreneur. Être fiché à la Banque de France ou interdit de direction d’entreprise n’est pas vraiment agréable, surtout quand votre élu local s’est vu remplacé par le parti d’opposition.

Si la vie de votre entreprise dépend d’une aide, d’une subvention, d’un zinzin administratif ou du bon vouloir d’un copain bien placé, alors préférez changer de métier et de crèmerie car tôt ou tard vous serez trahis.

7 – Le succès des débuts du style  » j’ai vaincu l’adversité, seul et contre tous » est, certes, plaisant pour l’ego mais chaque succès vous rapproche inéluctablement d’une faillite à venir si vous ne pouvez contrôler votre ego qui aura un peu trop pris de place au fil du temps.

L’histoire de J5M en est une démonstration évidente, mais rassurez-vous, il y en a des millions d’autres qui ont vécu cela à une échelle moindre mais néanmoins suffisante pour qu’ils perdent tout !

Je m’arrêterai là pour la liste car il existe encore plein de règles, mais si vous retenez les 7 précitées alors vous aurez plus de chance de vous en sortir. Et si vous me demandez laquelle d’entre elle est la plus importante, je vous dirai que c’est la 7ème.

En effet, votre pire ennemi est en vous, alors prenez régulièrement du recul et soyez clair par rapport à vous-même, à vos objectifs et surtout le pourquoi réel de vos motivations. Si la réponse se trouve dans l’accroissement de votre ego, alors sachez que vous êtes en zone rouge et qu’il va falloir ralentir et remettre les choses à un niveau acceptable.

Une entreprise généralement meurt parce qu’un ego (ou un groupe d’ego) n’a pas voulu voir la « vraie » vérité. L’autosuffisance c’est le sida de l’entreprise.

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 21 avril 2008 et réactualisé sur le blog 345D le 3 mars 2012 .

Lien Permanent pour cet article : http://345d.fr/histoire-dentreprises/

(1 commentaire)

  1. Marie-Miel

    Merci d’avoir réactualisé cette alerte…
    Le bon-sens et la sagesse ne seraient-ils pas les antidotes à cette gangrène de l’autosuffisance ?

    Bonne journée à tous.

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