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Etes-vous un déviant positif ?

 deviant-positifJ’apprécie comment les anciens sont capables d’inventer des nouveaux mots pour discuter de sujets qui fâchent sans pour cela perdre la face. C’est comme s’asperger de parfum pour tuer les odeurs qui suintent de partout.

Comme en France, on adore intellectualiser un maximum pour véritablement ne rien faire, on peut comprendre que le verbe ait son importance. Ça cocoricote un max afin de faire oublier qu’on a les pieds dans la mouise…

Alors, au pays des “droits de l’homme” mais aussi de la révolution de 1789 qui coupa toutes les têtes afin de mieux y voir, les mots comme anarchiste, révolutionnaire, anormaux, secte ou tout autre vocable associé est plutôt mal vécu politiquement.

J’ai donc gloussé à l’envie quand j’ai découvert la terminologie du déviant. Vous savez, celui qui dévie de la trajectoire et qui normalement devrait se prendre un mur, un fossé, un précipice ou une borne de radar à défaut d’une fourgonnette bleue…

Sauf que là, en parlant de déviant positif, cela indique que la trajectoire initialement prévue n’est plus considérée comme la meilleure et qu’il est bienvenu que quelques-uns aillent explorer les bas côtés afin de trouver une autre route.

C’est vraiment super de reconnaître à ce stade que même si l’on parle d’innovation à tout va dans tous les discours patronaux, syndicaux ou politiques, il semblerait que ceux qui ne suivent pas les règles convenues soient maintenant les bienvenus.

Je n’en reviens pas. C’est du même acabit que la critique constructive. J’ai abordé cela lors d’un article Quand la critique est bonne qui démontre que derrière un langage convenu se cachent des ségrégations mentales alarmantes.

Donc, un déviant positif serait celui dont on pourrait normaliser son anormalité. Sa déviance, jugée positive, serait alors gravée dans le marbre afin que tous en profitent. Par contre, pour le déviant jugé négatif, ce sera plutôt un billet vers l’enfer !

Si tout cela semble logique à première vue, cela me dérange car comme toute chose qui baigne dans la dualité, choisir un camp vous amènera de toute façon à des ennuis. C’est comme dire que le pôle + en électricité est bienfaiteur pendant que le pôle – est destructeur.

Alors, où est la limite entre le fou et le génie ? Où est la limite entre intolérablement bon et intolérablement mauvais ? A part être un disciple inconditionnel de Bush qui sait faire la différence entre les bons et les méchants, la partie n’est pas gagnée d’avance…

Je connaissais déjà la pensée latérale mais maintenant, en management, on commence à parler de personnalité latérale. C’est-à-dire des individus qui penseront et marcheront en dehors des clous pour le bienfait d’une entreprise, d’un état ou d’une culture.

C’est dingue de penser qu’il a fallu arriver au XXIème siècle pour découvrir que les chemins innovants sont ceux qui se trouvent ailleurs que dans la pensée unique qui sévit en ce monde de globalisation, soit le modèle libéral avec pour verbe le mot croissance et comme adjectif le mot bénéfice !

L’entreprise, étant le support de base de cette pensée unique, découvre qu’elle doit s’ouvrir à elle-même en cherchant à l’intérieur de ses rangs ceux qui sauveront ses marges et bénéfices futurs.

Oui, mais comment trouver le déviant positif quand à l’embauche on vire systématiquement toutes les candidatures qui ne sont pas dans le moule ? La question devient délicate. On veut du mouton à 5 pattes et demi mais seul les moutons à quatre pattes sont admis…. et si possible avec toutes les vaccinations scolaires de renom….

C’est bien connu que la grande majorité de ceux qui ont fait avancer le monde ne sortait pas des grandes écoles car je tiens à le rappeler : un diplôme n’est qu’un certificat de conformité. Donc par principe, le déviant dans l’âme sera un sous-diplômé car il a de grosses difficultés à se laisser façonner sans rien dire !

Dur-dur d’être le DRH dans ces conditions. D’un côté, vous devez coller aux consignes et, de l’autre, vous devez les enfreindre pour que l’entreprise arrive à survivre. Si cela n’est pas avoir le cul entre 2 chaises, je ferais mieux de reprendre l’école !

Il faudrait donc que l’entreprise veuille pactiser avec ceux qui lui déplaisent un peu car, généralement, un déviant n’est pas un modèle d’obéissance par définition. De plus, ils ont généralement des troubles neurologiques sévères concernant les consignes.

Bref, nos chers intellectuels recommandent donc d’instaurer une démocratie des idées et leur libre circulation, d’organiser la collaboration volontaire, de faire obstacle aux obstacles parfois activés par la hiérarchie, de confronter les idées et les projets à la sagesse collective… et de libérer le potentiel créatif des salariés.

Rien que ça ! Vous reconnaîtrez que c’est bien enveloppé et que j’achèterais cela les yeux fermés en cas de grosse fatigue ou de nuit blanche. Mais sincèrement, derrière ce blabla qui sent le management conventionnel à plein nez, la mariée sera vite défraichie après quelques tentatives tantriques.

C’est alors que, par une astuce vieille comme le monde, ladite fraîchement mariée vous sortira le couplet de l’internet et de ses multiples possibilités de démocratisation et de circulation des idées. Ça va, le commérage on connaît depuis l’aube de l’humanité !

Certes, avec l’internet, la cour est plus grande mais le principe reste le même. Une fois que l’on aura fait le tour du quartier, il faudra aller sur d’autres planètes pour contenter les rêves d’espoirs des exploités.

On nous parlera d’hyper adaptabilité car c’est vrai qu’avec le masque à oxygène que l’on aura bientôt sur le nez dans les grandes villes, il sera plus difficile d’aller faire son jogging. Rassurez-vous, le téléphone y sera totalement intégré !

Je vois déjà le nouveau style de management parlant de l’ADN de son organisation, du rôle central de son DSI, gardien des savoirs et des connaissances collectées sur ses terminaux internes, et du pouvoir de l’entreprise à améliorer l’intelligence du monde !

En attendant, pour y arriver, la chasse aux déviants “positifs” va s’intensifier car, après tout, l’évolution n’est-elle le fruit d’une adaptation d’individus anormaux ayant survécu à un changement de milieux ?

Où se trouvent-ils donc ces fameux déviants dont l’humanité et ses entreprises ont véritablement besoin ? C’est vraiment une question que je me pose sincèrement et je crois avoir quelques réponses à ce sujet.

Puisque apparemment, ils ne passent pas les habituelles étapes de conformité, il serait intéressant de faire dans le développement durable en commençant par l’analyse de nos poubelles…

Qu’est-ce que la société a rejeté majoritairement et qui pourrait se révéler la trouvaille du siècle ? Statistiquement, nous savons que l’intelligence n’est pas génétique et qu’elle se trouve donc globalement répartie dans toute la population.

Quel serait alors le meilleur moyen de détecter facilement ceux qui possèdent cette petite chose de différent qui suffirait probablement à sauver la planète ? La réponse est simple, même presque grossière tant elle est évidente !

Regarder avec attention les entrepreneurs dans l’âme. Ils sont des modèles d’adaptation, d’endurance et de volonté. Ils possèdent ce petit quelque chose qui fait qu’ils peuvent tourner n’importe quelle situation difficile en une opportunité du siècle.

Les déviants positifs sont par essence des personnes suffisamment fluides pour ne pas être broyées par les mâchoires du normal, du convenu, du politiquement correct. Affronter Goliath ne les dérange pas et je dirais même qu’ils en tirent leur force !

Les déviants positifs sont ceux qui sont capables de construire avec des ruines, des déchets, des débris. Leur ciment, c’est l’espoir d’une situation meilleure. Ils sont infatigables, pour ne pas dire increvables.

Et puis les déviants négatifs sont tout aussi utiles, car ils permettent de détruire ce qui peut l’être et ainsi de donner des aires d’expansion aux déviants positifs. Ils sont les deux polarités d’une même énergie : celle du changement !

Le monde a besoin de changement car il y a trop de stagnation dans les tuyaux. La putréfaction et les mauvaises odeurs commencent vraiment à déranger l’humanité dans sa croissance vers un monde meilleur et plus éthique.

Alors en résumé, je conseille vivement aux chefs d’entreprises d ‘ intégrer des éléments déviants dans leur structure, car ce sont eux qui trouveront les chemins de salut quand la route sera fermée pour cause de travaux !

Certes, cela fera tanguer un peu plus le bateau, mais c’est ainsi que les objets inutiles seront largués par dessus bord. La routine tue aussi sûrement que les accidents de la route. Accepter et intégrer consciemment des éléments différents dans votre entourage, c’est s’assurer un certain succès dans les temps de mouvance.

Et puis, à tous les déviants qui se reconnaîtraient dans cet article, je vous souhaite de continuer votre oeuvre avec enthousiasme et détermination car le monde a besoin de vous maintenant, voire dans un futur très proche.

N’essayez pas de ressembler aux autres, soyez simplement vous-mêmes et vous verrez que vos galères passées seront vos talents et succès pour le futur. En attendant que l’on fasse appel à vous, continuez d’oeuvrer en oubliant les remarques idiotes des moutons se service. Bientôt, ce sont eux qui seront sur le gril et non plus vous.

Ici, radio Paris, un déviant parmi d’autres…

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 25 septembre 2008 et réactualisé sur le blog 345D le 30 mai 2012.

Lien Permanent pour cet article : http://345d.fr/etes-vous-un-deviant-positif/

(1 commentaire)

  1. paulettemahieu

    que la liberte soit avec nous ouiiii et qu’elle y reste surtout

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