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Et le pouvoir d’achat, mon cul !

 greveCertes, je reconnais que le titre est provocateur mais il est à l’image de l’irritation qu’il me provoque. Déjà en début d’année, la remise en cause des usagers par rapport aux indicateurs de l’INSEE, disant qu’il n’y avait pas d’inflation et que les courbes du chômage s’infléchissaient, n’était qu’un frémissement.

Prendre les gens pour des cons, ça va un moment, mais leur faire croire que tout va s’arranger grâce la négociation, c’est vraiment vouloir nous faire avaler des couleuvres. Alors réponse du berger à la bergère, on fait grève pour emmerder, tout en sachant que cela ne servira pas à grand chose sinon embêter tout le monde. Explications…

En effet, le mot inflation ayant été savamment mis au rancart tellement il était associé au serrage de ceinture, aujourd’hui on lui préfère le terme moins affolant du pouvoir d’achat. Mais c’est du pareil au même. On se fait quand même avoir au bout du compte.

Laissez-moi vous faire la démonstration que l’on est vraiment des moutons quand nous jouons avec les chiffres de la consommation et du fameux pouvoir d’achat. Alors, remettons les choses un peu en ordre et posons-nous les bonnes questions.

Est-il possible de comparer le pouvoir d’achat de la fin des trente glorieuses avec celui d’aujourd’hui ? Combien fallait-il d’économies au smicard d’alors pour s’acheter une voiture neuve dernier cri ? Est-ce le même effort qui est demandé aujourd’hui pour une voiture équivalente ?

Sortons tous les chiffres et nous verrons que cela ne sert à rien, car premièrement le produit vendu n’est plus du tout le même et de très loin. Par contre, allons plutôt voir quel est le budget consacré à l’automobile pour une famille et nous verrons le problème sous un autre angle.

Avant, on trouvait un job à portée de vélo, voire de mobylette, alors que maintenant habiter à plus de 50 km n’effraie plus grand monde. On pourrait prendre plein d’autres exemples, comme les biens divers et variés qui emplissent une maison d’aujourd’hui.

Nos ancêtres étaient loin d’avoir toutes ces babioles. Ayant vécu dans une barre d’HLM pendant mes 12 premières années parmi une dizaine de frères et soeurs, je peux garantir que les bambins de smicards d’aujourd’hui sont loin d’être à plaindre !

Alors, où est vraiment le problème car nous savons tous que les produits Made in China (et consoeurs) ont largement amélioré le quotidien de chacun. Acheter un VTT à 80€ pour Noël aurait relevé de l’impossible il y a seulement 10 ou 15 ans.

Pourtant nous avons du mal à boucler les fins de mois; alors où est-ce que notre raisonnement fait défaut ? Il faudrait d’abord regarder dans nos nouvelles habitudes de consommations et regarder attentivement où sont les sables qui aspirent notre trésorerie.

Paie-t-on plus cher nos loyers, notre alimentation, nos vêtements, notre éducation ? Proportionnellement pas vraiment, car notre vrai problème c’est qu’incidemment nous voulons plus pour le même prix, tout simplement !

En effet, il est normal (ou considéré comme tel) que tout le monde parte en vacances aux quatre coins de la planète, aille aux sports d’hiver ou s’échappe pendant les longs WE. Comment serait-il possible de remettre en question que l’on a pas vraiment besoin de gros forfait téléphonique, de lecteurs MP3, de GPS ou des dernières chaussures Nike pour la frime ?

Combien de fois allons-nous au restaurant, de kg de viande, de poissons ou de fruits mangeons-nous et qui viennent du monde entier. Notre pouvoir d’achat diminue car nos besoins pour se sentir bien deviennent simplement trop gourmands.

Il y a 25 ou 30 ans, on n’avait pas la moitié de cela et pourtant nous avons vécu nos joies et nos peines de la même manière. Nous avons été tous des humains avec des peines de coeur, des fins de mois difficiles mais qui se souvient qui lui manquait ses sports d’hiver, son lecteur MP3 ou sa télé couleur.

Faut-il aujourd’hui avoir une BMW dernier cri pour sortir en boite et épater les filles ? Peut-être suis-je un cas unique puisque je n’ai jamais eu d’argent de poche. Pas un centime et pourtant, les rares fois où je suis allé au cinéma c’était surtout pour sortir avec la demoiselle qui me faisait briller les yeux, et si je lui achetais une glace c’était surtout pour rafraichir l’ambiance tellement j’étais chaud…

Notre problème de pouvoir d’achat n’est que notre problème à ne pas pouvoir réévaluer nos véritables besoins. Combien de gens aujourd’hui seraient prêt à lâcher 20% de leur « besoins » pour vivre une vie plus authentique, plus véritable ?

Alors soit, me direz-vous, cela n’empêche pas de clamer pour 20% d’augmentation. Si je pouvais le faire, j’exaucerais instantanément le souhait de tous en doublant le salaire. Je donnerais 100% d’augmentation. N’y allons pas avec des mesurettes. Jouons le jeu qui est demandé et regardons ce qui va se passer.

Puisque le boulanger verra son coût de main d’oeuvre doubler, il sera obligé de répercuter cela sur le prix de vente sous peine de faire faillite. L’acheteur fera de même car instantanément il aura perdu de son pouvoir d’achat. Et comme nous fonctionnons dans un vase clos (car nous sommes tous client et fournisseur à la fois), nous nous retrouverons tôt ou tard au même point qu’avant l’augmentation.

Le résultat des courses, on aura eu une inflation au moins égale à l’augmentation, c’est-à-dire 100%. Aura-t-on résolu le problème ? Pas du tout sauf que la monnaie nationale aurait perdu la moitié de sa valeur car pour un même bien on paierait deux fois plus cher.

La TVA étant relative au prix HT, cela n’affecte en rien le fonctionnement du système. Alors pourquoi, me direz-vous, le problème se retrouve à l’identique dans tous les pays du monde ? La réponse est simple : le système économique mis en place est identique.

Il est basé sur l’argent comme monnaie d’échange. Or c’est là que le bat blesse car l’argent n’a pas le même prix dans tous les pays. Cette différence est utilisée par les banquiers qui s’enrichissent à vos dépens. Ils prêtent d’un côté pour mieux vous le reprendre de l’autre.

Quand l’inflation est forte, les intérêts sont hauts et quand l’inflation ou que le pouvoir d’achat stagne, il est faible afin de vous forcer à consommer. Voici pourquoi les taux d’épargne sont toujours inférieurs au taux des prêts.

Le système bancaire actuel n’est qu’un parasite qui vit sur la bête. Et tout ce qui est prélevé à ce niveau, vous le perdez directement. Alors, vous pouvez toujours faire la grève, faire sauter le gouvernement ou changer de Président de la république, cela ne changera rien du tout.

Les nouveaux arrivants satisferont vos caprices du moment en prélevant d’une main ce qu’ils donneront de l’autre et au pire en empruntant aux banques. Quand on sait que le remboursement de la dette nationale est le second budget de la France après l’Education Nationale, on peut comprendre qu’un 1er ministre fasse des lapsus concernant l’état faillitaire de la France.

Cachons la vérité aux Français, sinon on aura un autre 1789 qui ne fut que les prémisses d’un état dictateur Napoléonien comme 1917 l’a été en URSS. Soyons donc honnête avec nous-mêmes et sachons remettre l’horloge à l’heure de nos vrais besoins.

Certes, il y a parmi nous, et dans nos organisations nationales, des petits malins qui s’en mettent plein les fouilles au passage avec toutes les techniques inimaginables. Les régimes de retraites spéciaux ainsi que tous les traitements spéciaux font partie de la clique.

Ne vous méprenez pas, il n’y a pas que les politiciens sinon pourquoi la base des grévistes des transports n’écoutent plus leurs chefs quant à l’arrêt des grèves. Ils savent qu’ils devront se serrer la ceinture au mépris des dommages causés à leurs « usagers » tout en sachant que plus du tiers de la dette nationale correspond au paiement de leur retraite.

Chacun, en voulant tirer la couverture à soi, ne fait qu’empirer les choses. Ce qui se passe au niveau individuel se fait aussi au niveau des différentes corporations nationales qui ne font que le répercuter au niveau mondial. Cette guerre de celui qui en veut plus que les autres ne fait qu’attiser l’inégalité, l’injustice et finalement la violence verbale puis au bout du compte physique.

La souffrance de l’homme vient de la non maîtrise de son ego et surtout de l’asservissement à un système financier totalement inégalitaire. La pauvreté n’est que la résultante de la non distribution des richesses produites.

Or pourquoi la fabrication d’une chaise coûterait-elle 50 fois moins chère en Chine qu’en France ? La réponse se trouve que l’on exploite la pauvreté de l’un pour améliorer le riche qui est pauvre parmi les riches.

Quand il y aura une monnaie unique avec des coûts similaires pour tous, cela voudra dire que l’homme aura pris conscience que le plaisir n’est pas dans l’accumulation des biens mais dans le partage respecté des différences.

Reconnaître que l’autre n’est qu’une autre facette de cette humanité qui nous tient à coeur, et à laquelle nous appartenons, c’est faire preuve d’une sagesse qui dit que la seule accumulation que nous pouvons faire est celle d’aider notre prochain de tout notre coeur sans chercher quoi que ce soit pour l’asservir.

Si vous êtes intelligent, alors mettez votre intelligence au service de ceux qui en ont besoin mais sans les plumer car ceux-là vous donneront le pain afin que vous ne mourriez pas de faim, d’amour et de reconnaissance.

Si vous êtes dans le camp des manuels, alors faites des oeuvres d’art décoratives, gustatives et jouissives en moins de peine car l’intelligent vous aura amélioré votre process de fabrication; alors n’abusez pas du droit de grève car sinon l’intelligent se rebiffera et vous exploitera !

Enfin, si vous vous êtes identifié à l’une ou à l’autre de ces catégories, vous avez tout faux car cela indique que vous n’avez pas découvert l’autre facette de vous-même. La preuve c’est quand un manuel essaye d’être intelligent, il y arrive d’une manière ou d’une autre. Idem pour l’intelligent qui bricole chez lui le dimanche.

Certes, on ne peut pas être un expert dans les deux domaines mais ce n’est pas parce qu’une facette prédomine que l’autre est inexistante !

Laurent DUREAU

Article paru à l’origine sur le blog Booster Votre Influence le 22 novembre 2007 et réactualisé sur le blog 345D le 14 avril 2012.

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